
Sadd - Sudd
92-93- Puis il fut soumis à une autre épreuve. Lorsqu’il arriva entre deux barrières (SUDDEYN), il trouva devant elles des gens qui comprenaient à peine ce qu’on leur disait.
Il s’agit du troisième voyage de Dhul-Qarnayn. Dans ce verset, les traductions montrent que le mot suddeyn, traduit par « barrière, obstacle », a suscité la controverse. Certains traducteurs supposent que ce mot désigne des montagnes, mais ce n’est qu’une hypothèse. Comme les voyelles ne sont pas écrites en arabe, la prononciation de ce mot fait elle aussi débat. Les récitateurs autres qu’Asim ont lu ce mot suddeyn et, d’après les anciens dictionnaires, sudd désigne un obstacle invisible, un nuage ou du brouillard. Asim a lu ce mot seddeyn et, d’après les anciens dictionnaires, sedd désigne un obstacle concret et solide. Pour mieux comprendre ce mot, examinons le verset suivant de la sourate Yâ-Sîn, où figure le même mot :
« Nous avons placé devant eux une barrière et derrière eux une autre barrière, puis Nous les avons enveloppés, si bien qu’ils ne pouvaient pas voir. (Sourate Yasin, 9) »
Dans ce verset également, le mot doit se lire suddah, car la barrière dont parle Allah est une barrière abstraite qui couvre le cœur des mécréants ; il est autrement bien connu que ceux-ci ne sont pas entourés de barrières matérielles. Puisque ces deux versets suscitent la même divergence, nous pouvons dire qu’ils doivent se lire de la même façon et avoir le même sens. Si l’on examine les sens de suddah mentionnés ci-dessus, on constate qu’un terme d’astronomie correspond parfaitement à suddah : la nébuleuse. Dhul-Qarnayn a dû atteindre, lors de son troisième voyage, une planète située entre deux nébuleuses. Cette nébuleuse à deux lobes pourrait être la nébuleuse de l’Hélice située près du centre de notre galaxie.
94- Ils dirent : « Ô Dhul-Qarnayn ! Les peuples de Yajuj et Majuj sèment le désordre sur terre. Accepteriez-vous que nous vous payions un tribut pour construire une barrière (SUDDA) entre eux et nous ? »
Le mot sudda apparaît de nouveau dans ce verset. Les personnes qui s’adressent à Dhul-Qarnayn lui demandent d’ériger une barrière invisible (sudda) contre Yajuj et Majuj. De nos jours, les barrières invisibles et abstraites peuvent être représentées par les systèmes de défense antimissile ou les logiciels antivirus. Le mot « al-Ard », traduit par « terre », ne désigne pas nécessairement la planète Terre ; il peut désigner n’importe quel endroit dont il est question. C’est l’opinion des savants musulmans.
95- Il dit : « Les moyens que mon Seigneur m’a accordés (MAKKANA) sont meilleurs. Aidez-moi de votre force afin que je construise une solide barrière (REDM) entre vous et eux. »
Le mot « Mecca » est dérivé de « lieu ». Autrement dit, ce verset signifie également : « le lieu où Allah m’a établi est meilleur ». Nous pouvons dire que Dhul-Qarnayn pensait que la Terre était meilleure que la planète de ces gens et qu’il voulait retourner sur Terre une fois son travail achevé. Les personnes à qui il s’adressait lui ont demandé de construire une SUDDAH, mais Dhul-Qarnayn leur a répondu qu’il construirait un REDM. REDM désigne une barrière composée de plusieurs couches. L’une des définitions données dans d’anciens dictionnaires, comme le Lisan al-Arab, est « un nuage composé de plusieurs couches ».
96- Apportez-moi des blocs de fer. Lorsqu’il eut comblé l’espace entre les deux extrémités, il dit : « Soufflez dessus ! » Lorsqu’il eut rendu le fer incandescent, il dit : « Apportez-moi du cuivre en fusion pour le verser dessus. »
Ce verset décrit la construction du barrage, mais cette description ne ressemble à aucun barrage existant aujourd’hui dans le monde. Certains savants ont affirmé qu’il était impossible de construire cette barrière avec les techniques de l’époque et qu’il fallait voir cette construction comme un miracle de Dhul-Qarnayn. Des savants tels qu’Elmalılı Hamdi Yazır ont dit que cette barrière n’est pas matérielle, mais métaphorique. Nous savons que Gog et Magog franchiront leurs barrières à la Fin des temps et attaqueront toute l’humanité, comme le mentionne également le verset suivant :
97-98 - Ils ne purent ni la vaincre ni la pénétrer. Dhul-Qarnayn dit : « Ceci est une miséricorde de mon Seigneur. Lorsque la promesse de mon Seigneur s'accomplira, Il l'aplanira. La promesse de mon Seigneur est vérité. »
Ce sujet est également évoqué dans la sourate Al-Anbiyâ comme suit :
« Lorsque le chemin sera enfin ouvert à Gog et Magog, ils accourront de toutes les collines. (Sourate Anbiya, 96) »
Cependant, nous savons qu’il n’existe dans le monde aucune barrière qui emprisonne un grand nombre de personnes. Même si une telle barrière existait, elle aurait été franchie depuis longtemps grâce aux avions ou à d’autres technologies. Selon les hadiths, les tribus de Gog et Magog sont plus nombreuses que tous les autres peuples réunis. Autrement dit, ceux qui croient que cette barrière existe dans le monde doivent admettre que des milliards de personnes sont aujourd’hui enfermées derrière elle et inconnues du reste de l’humanité. Ils doivent également croire que ces deux tribus, qui n’ont laissé aucune trace et ne possèdent aucune technologie, combattront toute l’humanité et la vaincront. Comme nous connaissons le moindre recoin de la planète en ce siècle, il n’est pas nécessaire d’être un génie pour comprendre que les tribus de Gog et Magog n’existent pas dans notre monde.
Le processus mentionné ici est un processus chimique. Le fer chaud est un bon catalyseur et, lorsque de l’oxygène est insufflé dans la réaction avec du cuivre en fusion, il libère du méthane et de l’hydrogène gazeux. Puisque le verbe employé dans le verset signifie « souffler avec des soufflets », on peut dire que ce processus produit les gaz inflammables que sont l’hydrogène et le méthane. Ces gaz étant très légers, ils s’élèvent rapidement et s’échappent vers d’autres planètes sous l’effet de leur force gravitationnelle. En astronomie, ce phénomène s’appelle la « fuite atmosphérique » et constitue l’une des raisons pour lesquelles la Lune n’a pas d’atmosphère propre. Les gaz présents sur la Lune peuvent facilement parvenir jusqu’à la Terre ; on peut donc dire qu’une partie de l’atmosphère terrestre provient de la Lune. Les gaz produits par Dhul-Qarnayn ont pu atteindre la planète de Gog et Magog et y former plusieurs couches de gaz (méthane et hydrogène), comme l’indique le mot « REDM ». Comme nous ne connaissons pas la planète de Gog et Magog, nous ne pouvons pas savoir quelle était la nature de l’obstacle créé par cette couche de gaz. Il est possible que cette couche ait bloqué les rayons provenant de l’étoile et privé Gog et Magog de lumière. Examinons maintenant un récit décrivant la barrière de Gog et Magog :
« Chaque jour, Gog et Magog essayaient de franchir cette barrière, et lorsqu'ils étaient sur le point de voir les rayons du soleil, leur chef leur criait : « Retournez-y et vous pourrez la franchir demain. » Et le lendemain, Allah rendit la partie de cette barrière plus solide que celle qui avait été coupée. Cela continua jusqu'au moment fixé…[3] »
Ce hadith étaye l’idée que la barrière était constituée de gaz. Un mur solide ne bloquerait pas entièrement les rayons du soleil et n’empêcherait pas les gens d’être atteints de tous les côtés, alors que le hadith indique que Gog et Magog étaient totalement privés de lumière solaire. Par ailleurs, il serait peu plausible qu’un mur solide soit reconstruit chaque jour ; une barrière de gaz, en revanche, se reconstitue automatiquement chaque jour, car les gaz, grâce à leur fluidité, comblent immédiatement toute ouverture qui se forme en leur sein.
Notre planète s'approche actuellement de celle de Gog et Magog, et lorsque nos planètes se rejoindront, Gog et Magog s'en prendront à la nôtre. Vous pourriez penser que cette interprétation que je vous ai donnée repose davantage sur l'interprétation que sur les versets, mais l'interprétation traditionnelle aussi. Dhul-Qarnayn a toujours été perçu comme un roi puissant à la tête d'une grande armée, or les versets n'en font aucune mention. Voici maintenant quelques hadiths qui appuient notre interprétation de Gog et Magog :
« Les gens de Gog et Magog mesurent la moitié de la taille d’un être humain moyen. Ils ont des griffes à la place des ongles et des molaires semblables à celles des animaux prédateurs. L’une de leurs grandes oreilles leur sert de lit et l’autre de couverture. Aucun d’entre eux, homme ou femme, ne meurt sans que sa mort soit connue à l’avance. Ni leurs femmes ni leurs hommes ne meurent avant d’avoir eu mille enfants.[4] »
« Ils comptent parmi les enfants inhabituels des fils d’Adam. Un jour, Adam fit un rêve érotique, son sperme se mêla à la terre et Allah créa Gog et Magog à partir de cette eau.[5] »
Ces récits montrent que Gog et Magog possèdent des caractéristiques non humaines. Ceux qui affirment qu’ils n’avaient qu’un seul parent (Adam, que la paix soit sur lui) et se reproduisaient très rapidement pourraient évoquer une reproduction asexuée. Compte tenu de leurs caractéristiques physiques, il est fort probable que Gog et Magog soient des extraterrestres.
Il est très difficile d’expliquer les voyages dans l’espace à un peuple qui ne sait même pas que l’espace existe, avec des mots vieux de 1 400 ans. En même temps, ce récit doit être assez vague pour ne pas surprendre ni dérouter les personnes qui le lisaient autrefois. Il convient de garder ces vérités à l’esprit lorsqu’on évalue le récit de Dhul-Qarnayn. L’interprétation que je propose ici est l’un des éclairages possibles sur ce récit. Certains soutiennent également que ces voyages n’étaient pas seulement des voyages dans l’espace, mais aussi dans le temps. J’ai tenté de vous présenter la plus raisonnable de ces hypothèses. Je crois que les versets du Coran comportent un nombre infini de niveaux de sens et que tous ceux qui les lisent ne peuvent pas les comprendre. Ainsi, plusieurs interprétations différentes d’un même verset peuvent être justes à la fois. Je ne prétends pas que cette interprétation soit la seule juste du récit de Dhul-Qarnayn, mais j’espère qu’elle vous offrira au moins une nouvelle perspective. Et Allah sait assurément mieux que quiconque.
[1] es-Suyûtî, ed-Dürrü’l-Mensûr, t. 5, p. 450
[2] Ibn Kesir, a.g.e., C.2, s.103
[3] Saheeh Ibn Maajah, 3298
[4] Rapporté d’après Wahb b.Munabbih
[5] Fathul-Bari
